FAQ

Nous avons organisé une série de webinaires sur l'urbanisme circulaire en avril 2020, réunissant plus de 500 personnes. L'occasion de répondre à beaucoup de questions, mais pas à toutes. Voici donc quelques compléments.

Densité (et nature)

Il est intéressant de bâtir les interstices, mais où trouver des espaces de respiration dans la ville ? La ville dense est-elle compatible avec les enjeux de renaturation/de biodiversité/de changement climatique en ville ?

Il nous faut mieux densifier la ville : bâtir entre ses interstices, certes, pour éviter l’étalement urbain et répondre à la demande de logement (quand elle existe vraiment), mais cette densification bâtie doit systématiquement s'accompagner d'une densification de nature. Il faut du végétal partout et proche de tous les lieux de vie. Vous pouvez retrouver sur notre blog cet entretien avec Marc Barra, écologue à l’Institut Paris Région : https://dixit.net/nb/ville-nature

Faut-il conserver et multiplier les friches qui abritent de la biodiversité ?

Oui et non. Les friches peuvent être un lieu intéressant pour faire un projet urbain, afin de reconstruire la ville sur la ville et d'épargner des sols agricoles. Cependant, il n’est pas toujours nécessaire de bâtir. Certaines villes sont dites “décroissantes”, car elles perdent des habitants et n’ont pas besoin de nouvelle construction (https://dixit.net/nb/villes-decroissantes), l'avenir des friches peut tout à fait y être l'accueil de la biodiversité.

Est-ce que la problématique urbaine ne devrait pas plutôt s’appréhender par une recherche de compacité ? Est-ce que l'intensification de la ville ne demande pas aussi à la dédensifier ?

"Densité", "compacité", "intensité"... Les professionnels et élus ont du mal à assumer des termes clairs. Parlons de densification : plus d'usages dans le même périmètre urbain. Mais montrons qu'il y a de la place (friches, délaissés, sous-densités, place de la voiture...) et que cela peut être fait mieux (cf Chapitre 7 du Manifeste).

Est-ce qu’on doit penser « la densification » ou plutôt travailler sur l’habitabilité de façon globale ?

Sans doute. La densification ne peut se penser uniquement à l'échelle de la parcelle privée ou du volume bâti, mais concerne aussi l'espace public et le quartier dans son ensemble. L'habitabilité du logement est aussi conditionnée par ses extérieurs, les espaces communs, la rue, le parc et les services du quartier.

Comment faire pour gérer les oppositions de nombreux acteurs à la densification de la ville ?

Ces oppositions existent, en effet, que ce soit de la part d’élus ou de citoyens, comme les mouvements “NIMBY” (Not in my backyard, Pas dans mon jardin) le montrent un peu partout. Tout d’abord, il faut les écouter, car ces acteurs ont souvent de bonnes raisons de rejeter à priori la densification. Il y a beaucoup de craintes légitimes qui sont liées au changement de son environnement. Dans le chapitre 7 du Manifeste, nous discutons avec deux chercheurs en sciences cognitives et urbanistes qui expliquent très bien ces mécanismes de réaction face à l’inconnu.

Pour que cela se déroule au mieux, il nous faut d’abord considérer les besoins, les envies et les propriétés de l’environnement auxquelles les gens sont attachés. Il faut travailler en vraie concertation avec les habitants. Ensuite, nous avons besoin de beaux exemples : les municipalités doivent être exigeantes, que ce soit pour l’architecture, mais surtout dans le dialogue et le respect d’un contexte urbain spécifique. Pour finir, rassurons : densifier ne veut pas dire mettre des tours Montparnasse partout. Cela peut être simplement rajouter un étage sur des maisons de plain-pied ou faire du R+2 en centre-bourg.

Ne croyez-vous pas que le modèle économique des ZAC qui se font actuellement produit des niveaux de densité peu attirants ?

C'est parfois le cas. Mais je ne pense pas que le modèle économique des opérations, ni que l'outil ZAC impose cela. L'impression de densité est aussi souvent peu en rapport avec la densité réelle. Plan urbain, formes urbaines, architecture, mais aussi la place donnée à la voiture et au végétal peuvent changer radicalement cette impression de sur-densité.

Convaincre citoyens et élus

Comment convaincre les élus d’associer les citoyens le plus en amont possible des projets pour engager la fabrique de la ville autrement?

Peut-être en les mettant en relation avec ces élus qui pratiquent ce dialogue amont depuis des années. Ils pourront leur dire que passer du temps à échanger permet d'éviter d'en perdre en conflit, mais aussi que si ce dialogue est bien fait cela permet réellement d'enrichir les projets. Ils pourront aussi témoigner du niveau d'engagement que cela nécessite de la part des élus locaux.

Comment, nous, individus lambdas, pouvons-nous aider à faire sauter « ces verrous » ?

Offrez le Manifeste pour un urbanisme circulaire à vos élus ;) Impliquez-vous aussi directement dans la fabrique de votre rue, quartier ou commune.

Comment faire évoluer les imaginaires collectifs et rendre ce modèle de la ville frugale désirable pour tous ?

En montrant ce qui marche,et en racontant ce qui pourrait marcher. C'est une question que l'on s'est posée en rédigeant le Manifeste, d'où la multiplication des témoignages et des histoires... Nous n'avons jamais eu autant besoin d'imaginer collectivement des futurs positifs.

La pandémie

N’y a-t-il pas un risque à ce que la densité soit à présent synonyme de contagion ? Cela ne va-t-il pas constituer un frein à l’acceptation par le plus grand nombre des bienfaits de cet effort de densité et un retour vers les campagnes, la maison et le jardin ?

Sujet trop vaste pour y répondre en quelques lignes. Nous travaillons sur un article complet qui vous donnera quelques pistes, soyez attentif aux prochaines newsletters ;)

Qu'apprend-on de notre capacité à modifier notre mode de vie, lorsque l'urgence à faire est « comprise » par tous, partagée et ressentie ?

Le confinement a démontré que l'on était capables de faire des renoncements individuels (notre mobilité) pour le bien-être collectif (désaturer l'hôpital). Nous aurons besoin de nous en souvenir pour engager les transitions à venir.

Pourrait-on tirer parti de la crise que nous vivons pour repenser notre consommation et ralentir ?

On espère bien ! Nous vous invitons à lire ces deux articles qui esquissent des idées pour prendre un peu plus le temps et être plus souple, dans notre façon de nous déplacer et de faire la ville :

En quoi l'urbanisme circulaire peut aider à gérer des situations telles que celles que nous vivons aujourd'hui?

L'urbanisme circulaire invite à faire une ville plus souple, capable de s'adapter en continu aux besoins de ses habitants pour éviter son étalement. Cette adaptabilité est aussi une des clefs de la résilience.

La situation actuelle ne peut-elle pas donner plus de "valeur", aux yeux des citoyens électeurs, au foncier agricole, et donc limiter un peu le déséquilibre ?

Là encore, nous l'espérons sincèrement, car oui, il nous faut relocaliser notre production (petit à petit, pour éviter aussi de déséquilibrer tous les pays à qui nous achetons de la nourriture en masse, voir les écrits de Virginie Raisson là-dessus). Si la question vous intéresse, vous pouvez lire le guide des Greniers d’Abondance pour la résilience alimentaire (https://resiliencealimentaire.org/) ou sa version résumée par Nourritures Terrestres (https://dixit.net/nb/les-enjeux-de-la-resilience-alimentaire).

Les bons exemples

Quelles villes sont considérées comme précurseur de l’urbanisme circulaire ? Est- ce qu'il existe une ville modèle s'approchant de ce concept d'urbanisme circulaire aujourd'hui à l'échelle mondiale ? A-t-on des métriques qui mettent en avant les résultats de l’urbanisme circulaire (décroissance de l’étalement urbain, …) ?

Beaucoup de territoires avancent vite et bien, mais souvent pas sur l'ensemble du spectre de l'urbanisme circulaire. La transition vers l'urbanisme circulaire nécessite un travail systémique, qui vient en contradiction avec les logiques de silo (politiques d'habitat, déplacement, aménagement, déchets...), mais aussi du découpage des compétences en échelles géographiques.

En termes de métriques, la consommation de sol devrait être un élément central de l'évaluation des politiques publiques, mais ce n'est pas un indicateur suffisant.

Avez-vous des exemples de villes denses réussies ?

On aimerait bien vous répondre Vancouver, mais il faut encore que nous allions vérifier cela de nos propres yeux !

Avez-vous des retours sur le modèle suisse qui équilibre le prix du foncier agricole et celui du constructible ?

Il y a sans doute DES modèles suisses, avec une attention historique portée à la préservation des terres agricoles. Nous allons travailler dessus dans les prochains mois.

Questions économiques

Pour le réemploi des bâtiments, comment intégrer la question financière des solutions circulaires auprès des acteurs économiques privés ? Nous nous heurtons souvent à des blocages de type : « Cela nous revient moins cher de démolir ».

C'est parfois vrai, mais le problème est que la question n'est que très rarement posée sincèrement. Réutiliser un bâtiment est un processus à la fois plus complexe et très différent d'une construction neuve : ingénierie spécifique, programmation contrainte, architecture capable de se nourrir du "déjà-là", inconnues... Conserver et transformer tout ou partie de l'existant ne permet pas de déployer une organisation industrialisée pour construire des produits standards, mais souvent n'est pas plus cher et produit des choses beaucoup plus intéressantes.

Je pense qu'il ne faut simplement pas avoir d'idée préconçue sur la question du réemploi ou pas d'un bâtiment, mais tester réellement différentes options. Dans certains cas, un bâtiment est obsolète et doit être déconstruit, mais trop souvent on passe à côté de potentiels de réemploi qui auraient un bilan environnemental, un programme et une forme architecturale beaucoup plus intéressants que la démolition/reconstruction. Les acteurs publics doivent exiger une étude sincère des champs du possible avant d'arbitrer une déconstruction.

Reconstruire la ville sur elle-même est une entreprise coûteuse notamment sur le plan foncier : quel montage viable ? Faut-il l’envisager en pleine propriété ?

Il y a une multitude de cas avec des enjeux économiques différents, mais tous générateurs de plus ou moins de surcoûts par rapport à ce qui est encore la référence (à tort) : la construction neuve dans les champs. Déconstruction, désamiantage, dépollution des sols, valeurs vénales plus importantes... Tous ces surcoûts peuvent en effet justifier le maintien de la propriété du sol par l'acteur public qui les a assumés, en dissociant bâti et foncier.

Qui pour porter et financer des réhabilitations de logements en centre-ville/centre bourg plutôt que la viabilisation de nouvelles parcelles avec commercialisation de lots à bâtir aux particuliers ?

Tous les acteurs publics et privés qui sauront acquérir les compétences nécessaires et s'engager dans ces projets. Sans doute une nouvelle génération d'acteurs peut émerger associant à la fois les compétences requises pour des montages complexes de ce type, la possibilité de se maintenir sur un temps plus long (foncières) que dans les processus classiques et la capacité à fédérer les initiatives publiques et privées dans une même opération.

Mais il faudra aussi donner envie par des messages politiques clairs, et supprimer la concurrence d'opérations proches en étalement.

Quelle transformation économique propose-t-on aux promoteurs et à leurs salariés ?

La focalisation sur des métiers passionnants qui mobilisent les meilleures compétences : la reconstruction de la ville sur elle-même. C'est déjà un champ de développement important pour certains acteurs, et le choix exclusif de certains.

Comment taxer plus fortement la consommation de terres agricoles ?

En relevant significativement le niveau de la fiscalité existante, pour l'aligner à minima sur celui de nos voisins européens.

Comment dépasser ou contourner l'obstacle des coûts élevés de recyclage de sols déjà urbanisés ?

  • En relevant d'un côté le coût de l'étalement, qui est aujourd'hui très largement subventionné et n'intègre à aucun moment l'impact de l'artificialisation sur les fonctions éco-systémiques des sols (taxation consommation de sols agricoles, suppression de tous les mécanismes fiscaux et réglementaires incitatifs, application stricte du ZAN).
  • En optimisant celui du renouvellement par un passage à l'échelle et une massification des opérations, au sein d'acteurs dédiés sur chaque territoire.
  • En mutualisant le coût des erreurs du passé : bâtiments obsolètes, pollution, amiante...
  • En conservant une propriété publique ou collective des sols.

Mais le recyclage foncier aura toujours un coût plus important que la consommation de sols agricoles.

La réglementation

Est-ce que les règlements de PLU ou de SCOT d'aujourd'hui n'incitent pas (obligent ?) à la dissociation des lieux d'habitat, de travail et de commerce et à l’étalement urbain ?

Oui, trop souvent. C'est parfois nécessaire (industries risquées par exemple), mais c'est surtout une habitude. La ville adaptable qui valorise la proximité nécessite une fluidité sur les usages des lieux, permettant la mixité à toutes les échelles.

Au-delà de la législation, que penser de la prolifération des labels/certifications dans le domaine des "bonnes pratiques" comme l'économie circulaire ?

Pas grand-chose.

Comment faire la ville AVEC les Architectes des Bâtiments de France ? Comment concilier SPR, zones de protections du patrimoine, et urbanisme circulaire? Ces zones font partie intégrante de nos villes et du modèle actuel, alors va-t-il falloir les remettre en question dans un contexte de changement de modèle de fabrique de la ville?

Dans le débat conserver / reconstruire la question patrimoniale est centrale, mais ce n'est pas la seule et la réponse doit faire l'objet de débat. Alors oui dans certains cas des documents ou des positions très rigides mettent en péril des espaces urbains en les figeant, mais nous avons aussi pléthore d'exemples de dialogue fructueux avec des ABF très conscients des enjeux urbains dans leur globalité, qui permettent justement de tirer les projets vers le haut. Il y a parfois de vrais soucis, mais trop souvent l'ABF est le coupable idéal pour des projets mal pensés.

Quels outils réglementaires manquent ? Quel est le bon niveau pour penser l'urbanisme de nos villes ?

Honnêtement, nous ne pensons pas qu’il manque beaucoup d'outils réglementaires, mais une mise en oeuvre ambitieuse du ZAN et la révision de toutes les incitations à l'étalement est nécessaire.

La difficulté principale, c’est qu’il faut revoir l’ensemble de nos pratiques, revoir nos façons de travailler. Et il faut faire des choix. Des EPF régionaux se sont mis dans cette posture et n’interviennent que sur certains types de projets et avec des conditions (cohérence des politiques publiques, densification, projets cohérents à une échelle plus large que la commune, etc). Il faut avoir de nouvelles clefs de lecture des projets et un propos clair.

Est-ce qu'une loi ou une politique est déjà en place pour promouvoir cet urbanisme circulaire? Que pensez-vous des mesures gouvernementales et outils mis en place pour l'objectif "zéro artificialisation nette" ?

Si ce n’est pas à proprement parler de l’urbanisme circulaire et que ce n’est sûrement pas encore suffisant, le principe du Zéro Artificialisation Nette nous paraît très intéressant. Celle-ci s’appuie encore sur la séquence Eviter/Réduire/Compenser : tout projet urbain doit/devra justifier de son utilité, que la consommation de sols ne peut être évitée, ni même réduite, donc compensée. L’aménagement des sols resterait donc possible, mais à condition d’en désartificialiser d’autres. Si le processus nous paraît intéressant, nous manquons encore de détails et d’outils opérationnels concernant cette loi, notamment pour qu’éviter et réduire ne soit pas une simple formalité et que si compensation il doit y avoir, qu’elle soit de qualité.

La DUP est-elle un bon outil opérationnel ?

Oui, mais dans certains cas.

Comment imaginer obtenir des permis de construire pour des surélévations ou des rénovations dans le cadre du PLU qui exige encore en parallèle la création de plusieurs places de parking?

C'est un enjeu essentiel. Les obligations de créations de place de parking liées aux opérations de construction doivent être supprimées. Il faut lire Donald Shoup sur le sujet : https://dixit.net/nb/parking-and-the-city

L’urbanisme circulaire en zone périurbaine et en campagne

Il y a aussi de l'étalement "suburbain" en milieu rural. Faut-il un modèle "urbain" à la campagne ? Comment imaginer ces processus sur des plus petites collectivités? Auriez-vous des exemples sur des territoires plus ruraux de type Communauté de Communes de 50 000 habitants ou ville de 5 à 10 000 habitants ?

L’urbanisme circulaire n’a pas vocation à n’être un outil que pour les métropoles : l’étalement urbain a notamment lieu dans des collectivités dites “rurales”. Plus d'un quart de l'artificialisation pour des usages d'habitat a lieu dans des communes qui perdent des habitants. Tous les territoires doivent donc prendre leur part, y compris les petites communes et les territoires ruraux. Cesser l'étalement, transformer l'existant et concentrer tous les efforts sur les espaces déjà bâtis, notamment les coeurs de bourgs et de villages.

Selon une étude de l'IFOP 4 Français sur 5 désirent vivre à la campagne. Peut-on alors parler d'effet "métropolisation subie" ? L'idéal pavillonnaire n'est-il pas encore trop "ancré" dans la société française ?

Et selon un sondage personnel, 5 Français sur 5 aimeraient aussi vivre dans un château. Blague à part, un des enjeux clef est de faire comprendre à chacun qu'il est nécessaire que nous vivions dans des espaces urbains (mais pas que métropolitains), et de donner envie. Aujourd'hui le seul modèle proposé est celui du pavillonnaire en étalement, nous devons développer les alternatives crédibles.

Est-ce que la ville n’est pas réservée aux riches ?

La ville, l'urbain, non. Mais le coeur des métropoles l'est de plus en plus, la production de logements durablement abordables et de maitrise des coûts est essentiel. Le foncier et le logement ne sont pas des biens comme les autres.

Qu’est-ce qui définit la ville finalement, plus vraiment de limite entre la ville et la campagne avec le périurbain ?

La proximité, le frottement.

L'étalement a aussi fait vivre de nombreuses communes. Quel avenir pour ces communes ?

Cette affirmation n'a rien d'évident

Quelle possibilité d'intensification possible des usages dans les territoires dits "détendus" ? Comment densifier les usages et accroître la multifonctionnalité des espaces dans le périurbain?

On peut intensifier les usages en territoires tendus comme détendus, le but étant de construire moins en allongeant le temps d’utilisation d’un bâtiment : une école, où qu’elle soit, peut se transformer en salle de réunion pour associations le soir ou en salle des fêtes le weekend. Une mairie peut mettre à disposition sa salle de réunion les jours de semaines pour organiser un co-working, etc etc…

Que penser du concept de BIMBY aujourd'hui accaparé par certains bureaux d'étude ?

Que c’est super ! Plus sérieusement, le BIMBY est un concept opérationnel très intéressant : transformer des espaces sous-utilisés entre deux habitations en nouvelles maisons pour éviter l’étalement urbain. Cependant, construire sur des espaces habités est un métier très complexe qui demande de nouvelles compétences, de la rigueur et du tact pour éviter les conflits. Certains bureaux d’études savent sûrement mieux le faire que d’autres, l'enjeu est donc de diffuser la pratique.

La mixité des usages

Comment peut-on « prédire » les usages dans 10, 20, 30 ans sur un bâtiment ?

Il ne s’agit pas de “prédire”, mais de faire des bâtiments qui soient le plus modulaire possible, afin de s’adapter aux nouveaux besoins et usages futurs (un parking qui pourra se transformer en bureaux, des bureaux en logements, etc). Voici l’exemple du Streambuilding qui a été pensé dès le début pour être modulaire et évolutif : https://www.pca-stream.com/fr/projets/stream-building-7.

Peut-on envisager de diversifier les usages des bâtiments religieux?

Oui, et cela a déjà été fait sur de nombreux édifices religieux : centre culturel, salle de concert, champignonnière, discothèque, cave à vin, restaurant, etc… Évidemment certains changements d'usages sont plus sensibles que d'autres ;)

A-t-on des exemples de bâtiments mixant les utilisations en fonction de l'heure de la journée, afin d'optimiser totalement leur capacité ?

Bien sûr ! Voici un exemple, celui du Mab’ Lab à Paris : https://dixit.net/nb/mablab

Au-delà de juste l’espace temps de la journée, il y a aussi les temps de la vie du bâtiment où il n’est pas toujours occupé. L’urbanisme transitoire s’inscrit souvent dans ces creux de la vie du bâtiment, afin de lui donner un autre usage le temps de quelques années. Vous pouvez retrouver nos articles sur Plateau Urbain (https://dixit.net/nb/plateau-urbain), Camelot Europe (https://dixit.net/nb/camelot) et Caracol (https://dixit.net/nb/caracol).

Les métiers

Comment mieux faire le lien entre concepteurs de la ville et du bâtiment (pratiques de réemploi, conception de bâtiments évolutifs/démontables, analyse de cycle de vie comme outil d'aide à la conception…) ?

Comment pensez-vous que la réflexion systémique puisse être organisée auprès des acteurs de la construction pour favoriser le travail sur l'existant et de la "non-construction"?

C'est le triple enjeu de cette transition : révéler les potentiels de l'existant, développer les compétences des acteurs et organiser les processus de projet.

Quels seraient les nouveaux métiers de la nouvelle fabrique de la ville ?

Médiateur en énergie collective, architecte gestionnaire, animateur de rez de ville, prospecteur en mine urbaine, programmiste-futurologue, promoteur du temps long, producteur de sols fertiles, organisateur de squat, assistant personnel de projet urbain, aménageur permanent, délégué citoyen, éco-ingénieur...

Quels leviers d'action pour un bureau d'étude en environnement qui réalise les études d'impact des projets d'urbanisme en extension, face à ce sentiment d’impuissance ?

Tout d’abord, on comprend très bien votre sentiment ! La transition vers le renouvellement urbain peut paraître compliquée, voire folle aux yeux de certains collègues, mais il y a quand même un vent qui souffle du bon côté aujourd’hui. Même si vous êtes dans une organisation, c’est aussi à vous d’en parler à vos collègues, de prêter votre Manifeste pour un urbanisme circulaire à votre chef.fe, afin d’atteindre le seuil critique pour faire basculer la structure.

Une chose est sûre : il ne faut pas juste en faire un petit peu… C’est une expertise à développer en soi. Ne faire que du renouvellement urbain paraît limiter le champ d’action, mais chaque projet est alors différent, très artisanal, car on fait avec ce qui existe déjà. Il y a alors une vraie valorisation de l’intelligence, c'est une belle opportunité.

Une petite précision sur…

Comment s'explique cette dissociation entre dépeuplement et étalement urbain ?

La voiture !!! (en partie) → Lisez le chapitre 2 du Manifeste https://urbanismecirculaire.fr/manifeste/impasse/2-le-moteur-de-lexplosion

Est-ce que la diminution de la Surface Agricole Utile est également liée à la déprise ?

Oui, mais très partiellement à l'échelle nationale, l'essentiel est bien le fait de l'étalement urbain, les données sont claires.

Quelle est la différence entre artificialisation et imperméabilisation ?

L’étalement urbain et la constructruction d’infrastructures induisent une artificialisation des sols : le passage d'un espace naturel, agricole ou forestier à un usage urbain. Mais tous les sols artificialisés ne sont pas imperméabilisés. L’imperméabilisation correspond au recouvrement total d’un sol par un matériau imperméable, c’est à dire qui ne permet pas aux eaux de s’infiltrer.

Comment gérer les quantités de résidences secondaires vides qui stérilisent localement l'accès aux logements ?

En intensifiant leurs usages.

Comment concilier urbanisme circulaire et préservation du patrimoine, par exemple les maisons nantaises ? Est-ce compatible et souhaitable?

Il n’y a aucune raison de ne pas conserver le patrimoine, comme les maisons nantaises, dans l’urbanisme circulaire. Le but est de faire au maximum avec l’existant, donc avec le patrimoine qui est une partie de la question, mais qu'une partie.

Quel traitement des friches des zones commerciales ?

Les identifier, les anticiper et les résorber, par des changements d'usage quand c'est opportun pour le développement du territoire, et la renaturation des sols sinon.

"Une ville dont on a envie" : quelle place pourrait prendre le ludique / le jeu dans l'urbanisme circulaire ? Un moyen, une finalité ?

C'est un moyen nécessaire ! Nous vous invitons à lire notre article de blog Faire de la ville un jeu d’enfants où il y a quelques éléments de réponses : https://dixit.net/nb/jeu-enfants.

Le gisement de l'espace occupé par la voiture n'est-il pas trop limité pour créer une "vraie" nature en ville, notamment car il est principalement linéaire ?

48% des sols artificialisés en France (données Terruti-Lucas 2014) est destiné à la voiture (routes, parking) : c’est une place énorme qu’il nous faut reconquérir, afin en effet de renaturer les villes et créer des trames vertes plus conséquentes pour la biodiversité.

"NSP"

  • Quelle est la bonne taille de la ville ?
  • Comment réinvestir les centres villes (et centre bourg), commerces, logements, services, bureaux…sans gentrifier ?
  • Pour cette nouvelle façon de construire la ville, quels leviers envisagez-vous dans les technologies numériques et dans les objets connectés ?
  • Plusieurs candidats écologistes (à Nantes ou à Lille notamment) ont fait campagne "contre" l'attractivité démographique de leur ville en mettant en avant le besoin d'améliorer la qualité de vie des habitants. Comment concilier croissance démographique et bien vivre en ville, sans pour autant consommer de l'espace ? Est-ce que cela doit passer par "réenchanter" nos villes moyennes désertifiées ?
  • Est-ce que les métropoles, comme ici Toulouse, voient ce phénomène de migration des familles comme un réel problème? Y travaillent-elles?
  • Connaissez-vous des travaux (théoriques ou bien d’analyse empirique) ayant une approche « coût global » de l’aménagement, permettant de comparer les coûts directs et indirects de l’étalement vs. renouvellement sur un territoire donné ?